ENVENIMATIONS PAR ESPECES AGLYPHES, OPISTODONTES & OPISTOGLYPHES

Il existe - chez les Colubridae - des envenimations recensées par des serpents aglyphes, opistodontes & opistoglyphes.
Pour d'abord bien préciser ce que sont ces "dentures" (on ne dit pas "dentition"...), et qu'il est important de classer ces espèces selon les catégories de dentures définies...


I. Les espèces aglyphes

Se dit des serpents n'ayant aucune dent creusée d'un sillon. Dans cete catégorie, on retrouve la majorité des couleuvres. (La plupart des serpents aglyphes n'ont pas de glandes venimeuses.)
Ci-dessous un scanner du crâne de 2 genres de Colubridae aglyphes : Pantherophis & Thamnophis



II. Les espèces opistodontes

Se dit des serpents ayant des crochets au fond de la gorge, mais dont cette dent n'est pas sillonnée ==> il n'y a donc pas de système innoculateur et le venin (ou salive toxique) s'écoule par pression de la machoire.
Parmi ces espèces, on trouve Heterodon sp., Leioheterodon, Diadophis puctatus, et d'autres sur lesquelles des études n'ont pas encore été menées... On voit bien la différence des tailles de ces crochets...
Certains appellent ça des "dents surdéveloppées", mais il s'agit bien de crochets non sillonés.
Ci-dessous un scanner du crâne de 2 genres de Colubridae opistodonteses : Leiohétérodon et Hétérodon




III. Les espèces opistoglyphes

Se dit des serpents ayant des crochets au fond de la gorge, mais dont cette dent est sillonnée est creusée d’un canal qui facilite l’écoulement du venin. Très peu de choses sont connues sur le venin de ces espèces opistoglyphes.

Cependant, nous pouvons avancer avec certitude que le venin d'une espèce opistoglyphe comme Ragherghis moilensis est particulièrement violent sur un blanchon qui meut environ 20 secondes après envenimation.

Selon les espèces opistoglyphes, le venin peut énormément être variable au niveau de ses effets. La plus mortelle est le Boomslang (Dispholidus Typus) car elle provoque des hémorragies assez violentes et la mort si aucun traitement n'est donné...
Ci-dessous un scanner du crâne de 2 genres de Colubridae opistodontes : Dispholidus et Boiga nigriceps






Lors de la sortie scientifique de la SOPTOM (à laquelle JURASSIK VAR avait été aimablement invité), et ce dans le cadre du recensement des ophidiens (serpents) au sein de la Réserve naturelle des Vieux Salins de Hyères (Var), j’avais rédigé une publication en date du 26/06/2020.
Lors de ce recensement, nous avions identifié 3 Malpolon monspessulanus (Couleuvres de Montpellier) dont 2 mâles et une femelle. Chaque spécimen avait été marqué pour identification et un prélèvement de venin avait été effectué.
Voici donc la seconde partie de cette « sortie scientifique », mais cette fois, axée essentiellement sur le prélèvement des venins de Malpolon effectués cette soirée-là.

               

 

Le venin a été prélevé chez chacun des spécimens rencontrés et recensés, en maintenant la tête de l'animal et en massant les glandes de Duvernoy (qui sont les glandes à venins chez les Colubridae opisthoglyphes) pour que quelques gouttes de venin puisse s'écouler dans de mini-éprouvettes, telles que le montrent les photos. Chaque prélèvement a été clairement identifié.
Par la suite, ces échantillons sont ramenés à la SOPTOM et sont conservés au congélateur, à une température de -20°C.



 

Après la saison d’activité, les échantillons de venin seront envoyés à l'Institut des Biomolécules Max Mousseron, à l'Université de Montpellier (CNRS) (HTTPS://IBMM.UMONTPELLIER.FR/…)
Le chercheur avec qui la SOPTOM collabore se nomme Sébastien Dutertre.

Il est très importants que les venins prélevés ne décongèlent pas, car cela tuerait les protéines indispensables à l'étude des échantillons. L'utilisation de carbo-glace et le transfert par voiture sera privilégié afin d'éviter une éventuelle décongélation.

Sur place, on utilisera une analyse protéotranscriptomique afin de mieux comprendre la composition du venin (ci joint un lien permettant de savoir ce qu'est une analyse protéomique : https://www.jle.com/…/la_proteomique_nouvelle…/article.phtml).

Sur place à Montpellier, le venin est homogénéisé sous azote liquide à l'aide d'un pilon et mortier avant de le passer par un système de purification. La purification s'effectuera de la façon suivante : les échantillons d'ARN sont traités par DNAse et l'ARN total est dilué dans 30 μl d'eau exempte de nucléase, avant de subir deux cycles de purification supplémentaires. Les scientifiques vont ensuite construire une bibliothèque de séquences ARN , suivant 12 cycles d'amplification. Cette bibliothèque sera ensuite purifiée et quantifiées.
La bibliothèque de séquençage sera ensuite séquencée.

Comme vous pouvez le lire, étudier du venin, n'est pas chose aisée et exige une rigueur scientifique particulière, de nombreux protocoles et surtout un partenariat avec des laboratoires spécialisés.

En France, comme partout dans le monde, il existe des sociétés/particuliers qui prélèvent des venins, les vendent à des sociétés intermédiaires, qui les vendront – par la suite - à des Sociétés pharmaceutiques.
Quand des structures « terrariophiles » prélèvent des venins, c'est dans le but « d'arrondir les fins de mois », et ce peu importe où iront leurs prélèvements.
Des structures comme « Venomworld » prélèvent des venins, les vendent à Latoxan qui vendra les venins à prix exorbitants pour l'industrie pharmaceutique. Malheureusement, ces venins sont – le plus souvent – utilisés pour l'industrie cosmétique car il est clair que l'anti-rides vend bien plus qu'un anti-venin destiné à sauver des vies humaines.
Au contraire, une structure comme « Instituto Clodomiro Picado » au Costa Rica, prélève les venins des espèces endémiques, crée ses propres anti-venins et les mets à disposition de la population de son pays pour traiter les envenimations ophidiennes.

Enfin, il existe des structures telles que la SOPTOM (France), qui ne bénéficient d'aucunes aides financières pour effectuer ces prélèvements, et qui les transmettent au CNRS pour effectuer des études dans un objectif strictement scientifique.

Ce petit article tendait simplement à vous faire partager le processus initial de prélèvement de venin, le parcours de ce dernier, et la façon dont sont purifiées les protéines.
Quant aux résultats obtenus, ils seront publiés et utilisés à des fins multiples, dans l'espoir que l'étude de ces venins permette des avancées prometteuses dans la pharmacologie, mais également dans le but de mieux connaître l’écologie de l’espèce.

(Un très Grand Merci à Jean-Marie BALLOUARD de la SOPTOM pour toutes ces informations)


 

voici une petite vidéo réalisée lors de cette sortie scientifique où on voit bien la façon dont est prélevé le venin.

Le crochet opisthoglyphe du serpent est placé délicatement dans une pipette de prélèvement et on masse la glande de Duvernoy pour tenter de prélever quelques gouttes de venin. (Pour le reste des explications, référez-vous au post du 15/09...)

Cette manipulation et contention sont strictement réservées aux scientifiques et ne peuvent en AUCUNE FAÇON être réalisée par des terrariophiles ou des "curieux" en recherche de sensations...
De plus, hors contexte scientifique, ça ne servirait à rien du tout, si ce n'est à faire "chier" un animal sauvage, risquer de se faire mordre.

Précisons également que toute manipulation d'un animal en milieu sauvage (hors cadre scientifique) est puni de 150.000€ d'amendes et de 3 ans d'emprisonnement...

En ce qui concerne les conséquences d'une morsure & les envenimations, je suis actuellement occupé à rédiger un petit ouvrage de vulgarisation reprenant tous les cas recensés d'envenimations par des Colubridae opistoglyphes.
Il ne s'agira pas d'un ouvrage scientifique (dont le contenu est parfois dur à comprendre pour le "commun des mortels"), mais réellement d'un receuil d'expériences - attestées par des études scientifiques ou faites par des particuliers - concernant les effets d'envenimations par serpents opistoglyphes... Cet ouvrage devrait sortir vers la fin de l'année 2021...



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